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La triple faute de M.Sarkozy

 

La première faute est institutionnelle. C’est d’avoir, une fois de plus, piétiné le principe de la séparation des pouvoirs en critiquant ouvertement l’institution judiciaire. Ce n’est pas nouveau de la part de M.Sarkozy, mais à trop vouloir enfoncer le clou, il finit par se le planter dans le doigt. L’indépendance de la justice est le fruit d’un long et douloureux travail de maturation de notre démocratie. La police étant un pouvoir régalien de l’exécutif, le citoyen ne peut être sereinement défendu dans ses droits face à elle directement, ou à l’État, que si la justice est indépendante de l’exécutif. Mieux même, la police doit se mettre au service de la justice pour l’aider dans ses missions, pour l’investigation ou l’exécution des jugements, par exemple. C’est simple, et notre histoire montre bien que la transgression de ce principe a toujours été le fait de régimes, heureusement peu durables, ayant suspendu, partiellement ou totalement, le fonctionnement démocratique, voire simplement républicain, de notre pays. Vichy en est l’illustration. Certes, la justice peut avoir ses faiblesses. Mais de toutes, c’est celle de ses moyens qui est criante. On comprend la réticence de l’exécutif à renforcer les moyens d’une institution qu’il ne contrôle pas, voire même qu’il craint. Mais en ce cas, soyez décent, M.Sarkozy : Depuis vingt ans que vous circulez dans les cercles du pouvoir, ne venez pas faire la leçon à une justice que vous laissez volontairement dans le dénuement.

La deuxième faute de M.Sarkozy est d’avoir, en défaussant sa responsabilité sur le dos de la justice, implicitement reconnu l’échec de sa propre politique. Il répète mot pour mot ce qu’il a déjà asséné en 2003, 2004, 2005 : « Nous traquerons les coupables et nous les arrêterons l’un après l’autre .. ». Combien de fois l’avons nous entendu marteler cela. Force est de constater que les bandes guerrières courent toujours et que les faits de violences s’aggravent. Certes, le constat qu’il dresse au départ est globalement partagé : Les jeunes déstructurés, les zones de non droit. Comment nier qu’il est des lieux dans nos banlieues où les commerces mafieux prolifèrent sur le terreau de quelques centaines de jeunes qui n’ont sans doute pas même conscience de leur propre dérive tant ils sont coupés, de leur propre fait ou non, des structures familiales, éducatives ou sociales nécessaires à l’éveil aux normes citoyennes. M.Sarkozy ne veut pas entendre parler de prévention. Dans les Hauts de Seine qu’il dirige, les éducateurs de rue ont été supprimés. Il mise sur la répression. Encore faudrait-il qu’il s’en donne les moyens. Malheureusement, la rapport accablé et accablant du Préfet de la Seine Saint Denis est là pour certifier qu’ils n’y sont pas. Les résultats non plus. Faut-il encore et toujours rappeler ce que le bon sens nous dit : La répression n’est que le maillon ultime de la chaîne préventive. La répression doit faire montre de ses moyens, mais ne les utiliser qu’en dernier recours.

La troisième faute de M.Sarkozy est politique. Il confond, tout à fait volontairement d’ailleurs, son habit de Ministre et celui de candidat à la candidature présidentielle. Ce qui l’amène a proférer, en tant que ministre des propos de campagne dont la violence et le populisme seront vite odieux, non seulement à nos oreilles - cela il s’en fiche - mais surtout à celles des électeurs de la droite républicaine et du centre qui abhorrent ces postures péronistes. Il commet la double erreur de penser que le vote Démocrate Chrétien lui est acquis d’avance et qu’il peut donc aller en toute tranquillité chasser les terres de M.le Pen, en tenant sans vergogne des propos qui dévalorisent la fonction de ministre alors même qu’il vise à la plus haute fonction de notre République dont il ne semble guère respectueux des institutions.

Je pense que les électeurs sont intelligents et responsables. Ils respectent leur police et partagent la douleur des deux fonctionnaires sauvagement agressés dans l’accomplissement de leur mission. Ils respectent aussi, au plus haut point, les institutions de notre pays, l’ État de Droit et de Justice dont M.Sarkozy vient de dire le peu de cas qu’il fait.