Ségolène Royal aurait-elle surfé sur la vague de la modernité ? A-t-elle une dimension nationale, une équation sociale ? Peut-on la réduire à une posture, à un sourire,à une coiffure ? Un succédané d’Evita Peron, une Margaret Thatcher dont le populisme serait teinté de blairisme ? Est-elle simplement de gauche ? Oui, Ségolène Royal est de gauche. Pour peu que l’on accepte que 80% des socialistes “encartés” et ayant voté pour elle soient de gauche. Oui, si l’on admet que à trois exceptions près, l’ensemble des fédérations socialistes la plébiscite. N’en déplaise à Jean-Luc Mélenchon, Marie-George Buffet et Olivier Besancenot, Ségolène Royal c’est la gauche rénovée, débarrassée du pouvoir des appareils et des idéologies abscons. Il y a un an, personne n’y croyait. Alors pourquoi tant de ferveur ? La pertinence du message ? J’en doute ! Toutefois, à la différence des caciques de l’illusion politique, Ségolène Royal admet ne pas savoir tout sur tout. Pour s’être commis dans un machisme coupable et déraisonnable, Dominique Strauss Kahn et Laurent Fabius sont désormais réduits à compter leurs voix. Au-delà du Parti socialiste, dont je ne suis pas, Ségolène Royal, c’est une lueur d’espoir. L’epsilon du rêve d’une France différente tellement éloignée des mots grotesques et hallucinants de Georges Frêche qui révèlent ce socialisme caricatural dont les Français ne veulent plus. Des mots atroces, coupables, médiocres !
La rupture que Nicolas Sarkozy appelle de ses vœux est incarnée par elle. Elle fait débat. L’opinion est au-dessus des partis. Pour avoir confondu élection présidentielle et référendum plébiscitaire, Nicolas Sarkozy a omis ce que Ségolène Royal a compris : la politique est une projection collective. Une médiation permanente entre ce qui opposent la gauche et la droite. Un espace infinitésimal, un interstice dans lequel madame Royal a su s’insérer. En rejetant le libéralisme à tout crin et la rhétorique éculée de la gauche post soixante-huitarde, Ségolène Royal a fait exploser la “bulle” politique. Dire avec simplicité ce que la plupart des Français considèrent comme vrai, juste et évident, voilà son mérite. Avec Ségolène Royal, nous avons le sentiment d’avoir changé d’époque, non pas pour ce qu’elle est, mais pour ce que l’on imagine qu’elle soit. En espérant que l’espoir perdurera… que les faits et la rhétorique ne se départiront pas de la simplicité du quotidien. Si tel est le cas, alors d’évidence ce sera elle !
(c) METRO 21/11/2006