Pour l'Education Nationale
Un appel en faveur de Ségolène Royal
Pour avoir exercé des responsabilités dans l'éducation nationale, nous savons que la conception et la mise en œuvre d'une stratégie éducative sont de nature politique. Tout projet éducatif de dimension nationale prend donc son sens dans les principes qui inspirent et guident l'action des forces politiques et sociales qui la prennent en leur compte; sa conduite exige en conséquence des moyens, humains et financiers, adaptés à ses ambitions.
C'est pourquoi nous pouvons affirmer que, dans le domaine de l'éducation, la Gauche et la Droite, ce n'est pas la même chose. Depuis 1981, toutes les idées nouvelles, porteuses de générosité sociale et d'égalité des chances, d'innovation et de modernisation, ont été avancées par des gouvernements de gauche. Il en fut ainsi des ZEP, de la promotion de l'enseignement professionnel, de la loi d'orientation sur l'éducation de 1989, des programmes pluriannuels Université 2000 et U3M, qui constituent les seuls grands investissements dans l'enseignement supérieur depuis les trente glorieuses, et nous n'oublions ni la formation continue des enseignants ni les progrès introduits dans le déroulement de leur carrière. Il ne peut y avoir de réforme progressiste dans les domaines de l'éducation et de la formation qui ne s'inscrive dans les orientations ainsi tracées.
La Droite les avait combattues quand elle était dans l'opposition, et elle a donné la mesure de ses propres conceptions et ambitions en matière éducative quand elle est revenue au pouvoir. Elle a réduit les moyens de l'école, affaiblissant dangereusement la lutte contre les inégalités; elle a traité par le dénigrement l'innovation pédagogique et exploité la nostalgie au service d'un conservatisme pédagogique qui aggrave les inégalités sociales devant le savoir; elle a institutionnalisé la possibilité d'entrer en apprentissage dés l'âge de 14 ans (pour les enfants des autres ) ; elle a conduit les universités et la recherche scientifique dans des impasses.
Est-ce à dire que la Gauche a réussi tout ce qu'elle a mis en chantier ? Certes non ! Elle n'a pas su, ce qui n'est pas seulement une question de moyens, aller au bout de la logique de ses propres décisions auxquelles il aurait fallu mieux associé enseignants et parents. Elle porte, nous en sommes conscients, sa part de responsabilité dans la montée des inégalités l'école.
Aujourd'hui la Droite, et aussi le Centre, esquivent leur bilan commun. N. Sarkozy ne parle même plus de la loi sur l'avenir de l'école votée, en 2005, par l'UMP. Quant F..Bayrou, il considère que sa tentative avortée, en 1995, de revenir pour l'aggraver sur la loi Falloux était une erreur de jeunesse .Tous deux préfèrent reprendre leur compte, bien tardivement, l'idée que l'éducation est une priorité républicaine. Mais il n'est pas si facile de braconner sur les terres de la Gauche.
Le candidat de l'UMP attaque avec virulence le système qui serait, selon lui, le produit de l'idéologie de gauche, laxiste et oublieuse des principes fondateurs de l'école de la République et il se fait flatteur et plein de commisération à l'égard des enseignants, comme s'ils étaient les victimes de ce système et non pas ses acteurs centraux, professionnels et conscients de leur fonction sociale.
Derrière ce discours, le programme de N. Sarkozy, c'est la fin des ZEP, la suppression de la carte scolaire, assortie d'une inquiétante apologie de l'enseignement privé ( libre de toute contrainte en matière de recrutement des élèves ), le recours aux heures supplémentaires comme seul moyen de revaloriser la fonction enseignante (travaillez encore plus si vous voulez gagner plus) et de nouvelles suppressions de postes, inévitables eu égard au poids des enseignants dans la fonction publique où un départ sur deux la retraite ne serait pas remplacé, un programme qui a sa cohérence: il décline pour l'école la vision libérale de la société . Il est fondé sur l'idéologie du meilleur (socialement et culturellement déterminé) et du chacun pour soi, adoucie par une dose de compassion sociale et l'exaltation du mérite, condition pour les meilleurs des pauvres, et eux seuls, de gagner une place au soleil. La victoire de N.Sarkozy conduirait, inexorablement, à l'abaissement du service public d'éducation, soumis, y compris l'intérieur de lui-même, une concurrence sans freins. Est-ce encore l'école de la République, cette école qui ne serait plus un lieu essentiel de l'apprentissage du vivre ensemble ?
Mais ce danger est évitable .Le pacte présidentiel de Ségolène Royal définit clairement l'éducation comme sa priorité, car elle constitue, à ses yeux, le socle de notre développement économique, social et culturel. Il témoigne de sa volonté d'adapter notre école aux enjeux de notre temps : la lutte intransigeante contre les inégalités et le franchissement d'une nouvelle étape dans la voie de la société de la connaissance, conditions d'une société solidaire et d'un développement durable .Il s'engage rétablir les moyens supprimés par la Droite dans le budget 2007 et il donne l'assurance d'une consultation des acteurs de l'éducation sur les réformes à entreprendre.
Fidèles à nos engagements à la cause de l'éducation nationale et de son service public et à nos convictions d'hommes et de femmes de gauche, nous appelons à voter, dés le premier tour, pour Ségolène Royal.
Ont signé cet appel
M. Augé-Lafon, D. Bancel, N. Belloubet, G. Bianciotto, D. Bloch, J. Chapuisat, M. Debène, J.C. Fortier, A. Frémont, Ph. Joutard, M.Garden, M. Gayraud, C. Lambert, A. Legrand, D. Levier, J. Losfeld, C. Mesliand, C. Pair, J. Pantaloni, G. Pouzard , anciens recteurs d'académie .
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