Nous sommes sollicités de toutes parts par des citoyens très inquiets de l’utilisation des machines à voter, et ce mouvement ne fait que s’amplifier alors que le premier tour de l’élection présidentielle est très proche.
J’estime, en tant qu’élu et président d’un bureau de vote, avoir été très mal informé lorsque la décision a été prise il y a plusieurs mois d’utiliser des machines à voter à Boulogne-Billancourt.
On nous a dit à l’époque que le Conseil constitutionnel avait validé l’usage de machines à voter et qu’il n’y avait aucun risque de fraude puisqu’il n’y avait pas d’informatique dans la machine (sic !), qu’il ne s’agissait donc que d’un simple robot qui enregistrait sans pouvoir les déformer les votes des électeurs et qu’il y avait donc simplification, gain de temps, économie de papier, etc.
Or, il apparaît que ces affirmations sont parfaitement inexactes.
En effet :
- le communiqué du Conseil constitutionnel, par ailleurs critiqué par certains de mes collègues professeurs de droit comme Monsieur Guglielmi, n’a guère d’intérêt car la question posée n’est pas celle de la constitutionalité de la mesure, mais la liberté données aux collectivités territoriales de les utiliser sans même avoir pris l’initiative d’un débat public préalable ;
- mon inquiétude est d’autant plus forte que je viens d’apprendre, ce qui ne m’avait jamais été dit, que la société France Election, auprès de laquelle Boulogne-Billancourt s’est approvisionnée, ne fabrique pas les machines mais les importe des Pays-Bas. Or, un informaticien néerlandais vient d’indiquer sur France Info qu’en introduisant une puce dans une telle machine à voter, opération qui ne prend que quelques secondes, il pouvait à distance changer les votes émis par les électeurs !
- J’ajoute que l’utilisation des machines à voter est un élément de déshumanisation de la procédure de vote. Quel moment de convivialité et d’exercice de la démocratie était-il plus symbolique du vote que le dépouillement des bulletins effectué par des citoyens volontaires et qui avaient la conviction de participer activement à un processus démocratique en y consacrant un peu de leur temps et en le partageant avec d’autres ?
Pour toutes ces raisons, je ne peux pas en conscience assurer les électeurs qu’il n’y ait pas de danger de voir leur vote être détourné par l’intermédiaire d’une astuce informatique qui sera malheureusement indétectable.
Et c’est pour cela qu’avec le Parti Socialiste, j’ai demandé un moratoire sur l’utilisation des machines à voter. Je suis préoccupé par le fait que beaucoup de personnes âgées m’ont fait savoir qu’elles n’iraient pas voter en raison de l’installation des machines à voter. Je les conjure de changer d’avis car le vote est une conquête démocratique si importante qu’il faut tout faire pour qu’en dépit des difficultés, la participation soit la plus forte possible.
J’indique cependant qu’avec mes collègues socialistes présidents et assesseurs de bureaux de vote, rejoints sans doute par d’autres, nous inscrirons nos réserves sur le procès-verbal du bureau de vote et nous invitons tous ceux qui nous ont fait connaître leurs réticences ou leur opposition à l’utilisation de ces machines à faire de même, mais ensuite à participer en tout état de cause à l’élection.
J’ai écrit au Préfet en ce sens et je suis à la disposition de tous ceux qui veulent s’entretenir avec moi ou mes amis socialistes de cette question très importante.
Pierre Gaborit - http://www.pierregaborit.com/