L E VOTE S'EST TRANSFORMÉ, hier, en parcours de combattant pour une partie des électeurs des communes ayant adopté le vote électronique. C'était notamment le cas dans les treize villes des Hauts-de-Seine dotées de ce système. Dès 10 h 30, à l'hôtel de ville de Bois-Colombes où ont été ouverts deux bureaux de vote, la file s'étalait jusqu'au bas de l'escalier.
« Il faut attendre que les personnes soient sorties de l'isoloir et qu'elles aient rendu leur carte magnétique », expliquait une électrice. Hier à 19 heures, devant l'école Saint-Exupéry, des dizaines d'électeurs excédés apprenaient qu'ils ne pourraient pas s'exprimer avant deux heures.
Saisine du Conseil constitutionnel
A Boulogne-Billancourt, devant le bureau n o 24, il fallait plus d'une heure, à midi, pour voter. « Une machine par bureau de vote, c'est scandaleux », lâchait une septuagénaire, munie de trois procurations. A Colombes, Julie s'y est reprise à trois fois. « Il n'y a rien qui nous prédispose à voter, lâche-t-elle. Des vieilles personnes se sont présentées plusieurs fois et jurent qu'elles ne reviendront pas... Ce n'est pas normal. » Même les petites villes n'ont pas été épargnées. A Villenoy, en Seine-et-Marne, commune de 3 900 électeurs près de Meaux, à midi comme à 17 heures (une heure avant la clôture dans ce département), il fallait patienter environ quarante-cinq minutes pour accéder à la machine. Et jusqu'à deux heures, à Savigny-le-Temple, dans le même département. « Le problème, ce n'est pas la machine, c'est l'organisation », fulmine Xavier, qui préfère tourner les talons. Colère aussi dans plusieurs bureaux d'Issy-les-Moulineaux, la ville d'André Santini, où opposition et majorité municipale s'opposent sur l'adoption de ce système depuis plusieurs semaines. Et les incidents se sont prolongés bien tard puisqu'à Colombes, à 21 h 30, certains électeurs patientaient encore. A Noisy-le-Sec (Seine-Saint-Denis), bien après 20 heures, près de 140 électeurs faisaient encore la queue mais prenaient connaissance des premières estimations grâce à leur téléphone portable et s'interrogeaient sur l'intérêt d'aller voter. Ici, comme à Issy-les-Moulineaux, la gauche a réclamé le retour au vote papier classique pour le second tour. A Saint-Malo (Ille-et-Vilaine), la municipalité (UMP) a pris cette décision dès hier soir. De son côté, Daniel Guérin, conseiller régional MRC (chevénementiste) d'Ile-de-France, a saisi le Conseil constitutionnel sur les « dysfonctionnements liés à l'implantation de machines à voter. »
M.Faion - Le Parisien (c)