>> Les cadeaux fiscaux faits aux plus favorisés par Nicolas SARKOZY n'ont aucun effet sur la consommation.
>> La consommation baisse car l'endettement des ménages a atteint un pic et parce que le pouvoir d'achat de nombreuses catégories sociales ne progresse plus, voire régresse.
>> Avec une stagnation des volumes de production, qui peut croire à une relance du pouvoir d'achat par les heures supplémentaires ?
ANALYSTES: réactions au recul de la consommation en France en janvier
Voici des réactions d'analystes après l'annonce vendredi par l'Insee d'un nouveau fléchissement de la consommation des ménages français en produits manufacturés en janvier (-1,2% après +2,1% en décembre), soit le recul le plus marqué depuis juillet 2004:
- Mathieu KAISER (BNP Paribas):
La consommation française continue de ralentir comme nous le craignions. Les dépenses des ménages en biens manufacturés ont lourdement chuté en janvier (-1,2% m/m, soit le recul le plus important depuis juillet 2004).
Cela résulte essentiellement du repli marqué des achats de biens durables (-3,9% m/m), le plus abrupt depuis novembre 1996. Cela s'explique certes par un facteur exceptionnel (entrée en vigueur de l'écotaxe sur les véhicules au 1er janvier), mais aussi par une tendance de fond.
Ainsi, les ventes automobiles ont non seulement corrigé le fort rebond du mois de décembre (-8,7% m/m après +6,7%), mais aussi effacé entièrement leur progression depuis juillet 2007. Les biens d'équipement du logement ont pour leur part augmenté, mais très faiblement au vu des rythmes soutenus observés ces dernières années (0,7% m/m), d'autant que les soldes d'hiver entamés en janvier auraient dû soutenir ces achats.
Cela est cohérent avec l'effondrement des intentions d'achat des ménages observé au cours des derniers mois.
Nous attendons une poursuite de la décélération de la consommation au cours des mois prochains, liée, comme en janvier, à une franche modération des achats de biens durables qui en ont été le principal moteur au cours des dernières années.
Les effets du paquet fiscal seront en effet limités face aux nombreux facteurs négatifs pesant sur la confiance et les dépenses des ménages (inflation élevée, décrue plus lente du chômage, resserrement des conditions de crédit, atterrissage immobilier, recul des places boursières, dégradation de la conjoncture internationale).
- Nicolas BOUZOU (Asterès):
En dépit des apparences, la consommation des ménages tient à peu près le coup. Certes, les achats de produits manufacturés ont reculé de 1,2% en janvier, mais cette baisse ne corrige finalement que partiellement la forte hausse de décembre (+2,1%). D'ailleurs, sur 1 an, les dépenses augmentent de 2,2%. Il y a donc un ralentissement, mais pas de décrochage.
Autre signe un peu rassurant: la quasi-totalité de la baisse de janvier émane de la chute de la consommation automobile, elle-même artificiellement tirée en décembre par l'anticipation de l'instauration d'un bonus malus sur les modèles les plus polluants. On voit en revanche que les achats de biens d'équipement de la maison résistent (+0,8% en janvier), comme le textile-cuir (+2,3%). D'ailleurs, les achats réalisés dans le commerce (qui excluent l'automobile) ont été stables en janvier.
Cette analyse ne signifie pas du tout qu'il ne faille pas s'inquiéter de l'évolution de la consommation cette année. En effet, même si l'on note une certaine résistance, on voit bien que les tensions inflationnistes (+2,8% en janvier) et le niveau très bas du moral des ménages rendent les comportements d'achat très volatils. Il y a donc un risque de voir un ralentissement de la consommation peser sur la croissance. Ce qui rend le pilotage de la politique économique très compliqué.
En gros, il faudrait mener en même temps une politique de restauration de la compétitivité des entreprises, et une politique keynésienne de soutien de la demande globale (ce que s'apprêtent, par exemple, à faire les Espagnols). En théorie les deux politiques sont complémentaires. En pratique, elles demandent des moyens budgétaires dont l'Etat français ne dispose malheureusement plus.
Une consolation toutefois : la demande étrangère adressée à la France freine, mais ne s'effondre pas. C'est ce qui ressort de l'enquête réalisée en février auprès des industriels. Les carnets de commandes étrangers se sont dégarnis depuis septembre, mais pas depuis le début de l'année. Il faut y voir le fait que l'environnement économique direct de la France (en particulier en Allemagne et au Royaume-Uni) résiste encore correctement.
En revanche, la demande intérieure, dixit les industriels, s'affaiblit, ce qui explique que les perspectives personnelles de production reculent (-4 points entre janvier et février). Ce phénomène est particulièrement visible dans l'automobile, secteur qui a décidément du mal à retrouver un cycle d'activité normal.
La conclusion de tout cela, c'est que la croissance du PIB au 1er trimestre devrait tourner au même rythme que fin 2007, à savoir entre 0,3 et 0,4%. Cela reste faible et devrait finir de convaincre le gouvernement qu'il serait malvenu d'effectuer une pause dans l'effort de réformes.
- Alexandre MIRLICOURTOIS (Xerfi):
Après le dérapage des prix hier c'est au tour de la consommation de sortir de la route aujourd'hui. Une embardée largement imputable à la contre performance de l'automobile (-8,7% sur un mois) mais pas seulement. Faute de pouvoir échapper à la hausse de la facture de leurs dépenses contraintes (loyers, transports, assurance, frais bancaires, etc.), les Français se serrent la ceinture sur l'accessoire. La consommation en produits manufacturés n'y a pas résisté. Elle est en recul de 1,2% en janvier et revient à 2,2% sur un an (contre 4% en décembre).
"Cyber-rush". Internet bouscule les circuits traditionnels dans le textile. Le bilan global des soldes dans le textile est très médiocre : les dépenses en janvier 2008 sont à peine supérieures à celles de 2007 (+0,1%). Un panorama d'ensemble qui masque une double réalité. Celle des détaillants classiques. Ils ont été déçus : plus de 50% des commerçants parisiens se déclarent, par exemple, "peu" ou "pas satisfaits" des résultats des soldes d'hiver selon la CCIP.
En revanche, les boutiques en ligne ont fait le plein. Ce boom des ventes sur le Net est d'ailleurs corroboré par les chiffres publiés par la Fevad: les ventes en ligne ont fait un bond de 25% au cours des 5 premiers jours de soldes. Internet, qui permet aux clients de couper court aux bousculades et à la cohue et qui donne l'occasion à l'internaute de plus facilement dénicher les bonnes affaires (multiplication des comparateurs de prix), a porté un rude coup à l'activité des petits commerçants indépendants.
Les grandes enseignes, qui sont derrière les principaux sites de vente en ligne, ne traversent évidemment pas les mêmes difficultés.
L'équipement du logement, le chant du cygne. Longtemps segment vedette de la consommation des ménages, l'équipement du logement (électronique grand public, meuble et l'électroménager) affiche une pâle progression (+ 0,8%). Une contre-performance qui en appelle d'autres avec le retournement de l'immobilier et le taux de plus en plus élevé d'équipement des ménages en écran plat, portable, mobile...
Cela sera certainement l'un des faits marquants de l'année en matière de consommation : l'équipement du logement rentre dans le rang.
L'automobile encaisse le contrecoup de l'éco pastille. Avec seulement 162.153 voitures neuves immatriculées durant le mois de janvier (-5,5% par rapport à décembre), il ne fallait pas s'attendre à une consommation automobile dynamique. Et elle ne l'a pas été après un mois de décembre record. Un jeu de Yo-Yo qui s'explique par l'annonce de la mise en place d'une nouvelle vignette verte (qui fonctionne suivant le système bonus-malus) qui avait précipité les immatriculations en décembre, notamment des grosses berlines.
L'économie française a donc perdu son plus fidèle soutien. Sans l'appui du consommateur, il ne restera plus grand chose de la croissance en 2008. Un scénario qui ne permet pas d'espérer une hausse du PIB de plus de 1,4%.
- Marc TOUATI (Global Equities)
Notre Premier Ministre a beau annoncer que la croissance française flirtera avec les 2% cette année, rien n'y fait: molle, la croissance est, molle elle restera.
C'est d'ailleurs ce que viennent de confirmer la nouvelle baisse de la consommation des ménages en produits manufacturés en janvier 2008 et le net repli de la confiance des industriels français au cours du même mois.
Ainsi, après avoir déjà reculé de 0,1% au quatrième trimestre, la consommation des ménages en produits manufacturés a chuté de 1,2% en janvier. Et ce, malgré les soldes ! C'est même la première fois depuis janvier 2003 que cet agrégat enregistre une baisse en période de soldes, qu'il s'agisse des soldes d'été ou d'hiver.
Autrement dit, quelque chose a bien été cassé dans la dynamique de consommation, qui, rappelons-le, est le moteur principal de la croissance française depuis 1998 !
Cette "cassure" est finalement assez simple: jusqu'à présent les ménages ont réussi à compenser la faiblesse de leur pouvoir d'achat par un recours massif à l'endettement. Aujourd'hui, ayant utilisé ce levier au maximum de leurs possibilités financières, les Français n'ont d'autres choix que de refreiner leur soif de crédits et par là même leur appétit de consommation. Et ce d'autant que les banques et autres organismes de crédit se veulent désormais plus parcimonieux en la matière.
Aggravant cette fragilisation financière, l'augmentation des prix alimentaires et énergétiques a réduit encore plus la marge de manoeuvre des ménages. Si bien que, même en période de soldes, ces derniers n'ont plus les moyens et/ou l'envie de consommer massivement.
Certes, il est vrai que la baisse de la consommation en janvier provient principalement de la chute de 8,7% des dépenses dans le secteur de l'automobile, alors que les achats dans le textile ont augmenté de 2,3%.
Néanmoins, au-delà du fait que cette dernière hausse est loin d'être exceptionnelle en période de soldes, il faut noter que les achats de biens d'équipement du logement n'ont progressé que de 0,8% en janvier. Ce qui est non seulement très faible en période de soldes, mais surtout confirme que le dégonflement de la bulle immobilière est bien en train de contaminer la réalité de la consommation.
Dans ce contexte, il ne faut pas se leurrer, la baisse de la consommation au quatrième trimestre 2007 puis au mois de janvier 2008 ne sont pas de simples accidents sans lendemain. D'ores et déjà, l'acquis de "croissance" de cet agrégat pour le premier trimestre 2008 est de -1,2%. Ce qui signifie que, même si un effet de correction est observé en février et mars (hypothèse très optimiste), la consommation en produits manufacturés subira deux trimestres consécutifs de baisse. Ce qui serait du jamais vu depuis 1995 !
Il faut donc être clair : la consommation est en danger et, avec elle, l'ensemble de l'économie française.
C'est d'ailleurs également ce qui ressort de l'enquête INSEE dans l'industrie française de février. En effet, jusqu'à novembre dernier, les industriels français se déclaraient plutôt sereins. Or, depuis décembre, le climat des affaires décrit par cette enquête perd un point par mois. Avec un niveau de 107 en février, il se situe ainsi à un plus bas depuis janvier 2007.
Beaucoup plus inquiétant, les perspectives générales de production ont chuté de 9 points en février, accusant un plongeon de 38 points depuis juin 2007 ! Elles atteignent ainsi un plus bas depuis août 2005, à une époque où le glissement annuel du PIB français était de 1,5 %.
En fait, à l'exception des carnets de commandes étrangers qui gagnent un petit point en février mais restent inférieurs de 9 points à leur niveau de septembre dernier, tous les indicateurs de l'enquête de février se dégradent. Y compris les carnets de commandes globaux, indiquant par là même que la demande intérieure est vraiment en train de souffrir dangereusement.
En d'autres termes, ce ne sont désormais plus seulement les ménages qui ont peur de l'avenir, mais aussi les chefs d'entreprise.
Dans ce cadre, il faut donc être réaliste: plus les mois passent, plus la probabilité pour que la France réalise une croissance supérieure à 1,5% se réduit.
Voilà pourquoi, après avoir été parmi les premiers (en fait depuis l'été dernier) à annoncer que la croissance française serait d'environ 1,6% en 2008, nous sommes contraints de réviser en baisse notre prévision, pour anticiper désormais une croissance de seulement 1,4 % dans l'Hexagone en 2008.