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Pourquoi je voterai pour Ségolène Royal
Catherine CYROT
Le 17 avril 2007

Au terme de ces semaines intenses, j’ai en envie de dire à ceux qui me sont proches pourquoi je me suis engagée à voter pour Ségolène Royal. Vous qui me connaissez, vous savez bien que je potasse les programmes, que je fais la fortune des journaux de tous bords avant de vraiment me décider pour tel ou tel candidat.

J’ai toujours été plus proche de la gauche et mon choix n’étonnera pas grand monde. Mais l’enthousiasme n’a jamais été si fort, et je veux m’en expliquer. Pas seulement parce que Ségolène Royal est une femme. Je sais bien pour l’avoir vécu qu’il faut être plus forte, plus convaincante, quand on est une femme dans un monde ou le pouvoir appartient encore aux hommes. Le moindre dérapage renvoie à des phrases du genre : je vous l’avais bien dit. Un homme politique peut faire des erreurs bien plus graves, elles sont excusées d’un froncement de sourcils à fortiori quand ses réseaux d’influence sont ceux de N Sarkozy. Mais cela seul ne suffirait pas à emporter mon adhésion.

J’ai l’esprit d’entreprise, même si cela est parfois difficile à vivre au quotidien pour vous. Très proche des socialistes, j’avais toujours du mal à accepter un discours qui tenait les entrepreneurs comme des gens douteux. Entendre Ségolène Royal dire à Villepinte « Je suis convaincue, par exemple, qu'il faut changer, de toute urgence, notre façon même de concevoir la création de valeurs et de richesses » ; cela m’a plu, parce que je suis persuadée qu’avant de se partager des richesses, il faut les créer. Ce discours sur la valeur ajoutée nécessaire, je le tiens régulièrement comme consultante aux associations que j’évalue, je ne vais pas changer de discours parce que je passe la porte du Parti Socialiste. Reconnaître l’inventivité des français qui conquièrent des marchés, innovent et prennent des risques, on n’avait pas souvent entendu cela à gauche et c’est rafraîchissant. Alors le soutien aux entreprises qui innovent, créent de l’emploi, et se battent contre la concurrence internationale, inscrit au programme de Ségolène Royal, je veux qu’elle puisse le réaliser comme Présidente de la République.

J’ai été récemment au chômage après une fermeture d’activité douloureuse, dans l’indifférence des interlocuteurs qui étaient censés m’aider à trouver du travail et pensaient qu’après tout à 60 ans je n’avais aucune chance d’en retrouver. J’ai vu ce que c’est de se battre pour recréer son activité. Alors je trouve très important d’assurer la sécurisation des parcours professionnels, et d’accompagner la recherche de travail par ceux qui sont moins bien armés pour le faire tout seuls. Les seniors comme moi qui veulent retravailler mais aussi les jeunes qui ont l’impression que le marché de l’emploi leur est fermé. C’est bien ce que veut Ségolène Royal : « Relancer la croissance pour travailler tous »

Mais c’est à l’école que les jeunes préparent leur vie d’adultes. J’ai été responsable de parents d’élèves à la FCPE pendant des années, le plus souvent aux côtés d’enseignants qui aimaient leur métier et voulaient que tous leurs élèves aient confiance en eux et réussissent leur vie scolaire. Alors l’absence de soutien scolaire personnalisé en classe, les classes poubelles pour ceux qui décrochent du cursus scolaire, même à Sèvres je les ai connus et je n’en veux plus. Embauchée récemment dans l’enseignement supérieur, j’ai vu le décalage entre les formations qui ont les moyens de l’excellence pour les plus brillants (là ou je suis embauchée), et les filières sans moyens pédagogiques que fuient les enseignants qui peuvent aller ailleurs, (ou on va une fois à la suite d’une erreur d’aiguillage en se jurant après coup qu’on ne recommencera jamais), c’est inadmissible ! Une vraie priorité pour l’éducation des jeunes, avec dans le secondaire des classes moins nombreuses et plus de moyens, un soutien scolaire gratuit pour les jeunes en difficulté, plus d’adultes dans les établissements et les moyens de l’excellence pour l’université comme le propose Ségolène Royal, c’est la seule façon de tirer tous les jeunes vers la réussite.

 Il y a aussi tous ceux qui sont laissés pour compte au bord du chemin. Et je n’accepte pas que dans un pays riche comme la France, il y ait tant de pauvres, que je retrouve aux carrefours des rues des images vues à Bamako ou à Dakar. Il n’est pas normal que les associations soient souvent seules en première ligne pour lutter contre le chômage, la pauvreté, l’exclusion. Bien sûr ils font un travail extraordinaire, et à évaluer leurs réussites et leurs échecs, j’ai au final beaucoup d’admiration pour leur ténacité. Mais, pour moi, c’est le rôle de l’Etat de redistribuer la richesse et de mettre en place les dispositifs qui aident les plus démunis à s’en sortir, même si ensuite ils délèguent la réalisation de certains de ces programmes à la société civile. Alors quand je lis que les candidats de droite, Sarkozy comme Bayrou, veulent diminuer l’impôt pour les plus riches, je ne suis pas d’accord. Franchement est ce que vous n’avez pas honte quelque fois de croiser le regard de ceux qui ne savent pas ou aller dormir le soir, de rencontrer des femmes qui élèvent seules leurs enfants avec des salaires de misère. Et bien, moi oui, j’ai honte de rencontrer ces situations de détresse dans un pays riche comme la France. Ségolène Royal propose des mesures concrètes pour réduire la pauvreté avec le bouclier logement, la revalorisation des petites retraites, l’amélioration des bas salaires. C’est aussi pour cela que je vote pour elle.

J’ai dans une autre vie à Lyon animé un groupement d’achat de produits biologiques. J’ai depuis redéfini mes priorités, influencée par mon travail sur des projets en Afrique (j’ai vu que l’aide au développement ne servait à rien sans solutions plus globales aux problèmes posés par la libéralisation des échanges entre pays pauvres et pays riches). Mais j’ai conservé cette attention aux solutions qui prônent l’excellence environnementale. Il n y a pas besoin d’être très doué pour comprendre que résoudre le problème énergétique est au coeur des enjeux de notre décennie. Et sans revoir notre politique agricole pour produire mieux et différemment, au lieu d’inonder les pays du Sud de nos surplus, ce n’est pas la peine de penser au codéveloppement. Ségolène Royal a fait de l’excellence environnementale un des axes importants de son programme : réorienter l’agriculture pour produire mieux au lieu de produire plus, préparer l’après pétrole en développant les énergies renouvelables, lutter contre le changement climatique. Et ce avant même que Nicolas Hulot ne force la main des candidats pour leur faire signer son pacte écologique. Cet engagement pour répondre au défi environnemental est une des raisons de mon engagement pour la candidature de Ségolène Royal.

La dimension internationale a été plutôt absente de cette campagne, alors même qu’elle pèse tant sur notre avenir. Laisser aux sociétés civiles la première place pour lutter contre les dérives de la mondialisation marque l’échec de nos partis politiques. La mondialisation telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui l’est au bénéfice des puissances financières. La France peut promouvoir l’émergence d’un nouveau consensus qui réintègre le développement économique dans les contraintes d’un développement environnemental et social maîtrisé. La mise en avant au discours de Villepinte du co-développement a été en ce sens un discours courageux, porteur d’espoir pour tous ceux qui veulent un monde plus équitable. Ségolène Royal a ouvert la porte à ceux pour qui les charters ne sont pas la solution face au désespoir de ceux à qui nous avons claqué la porte après des décennies d’histoire partagée.

Enfin je veux une France ou les règles de la démocratie soient respectées. Les relents de bonapartisme que je perçois chez Sarkozy me paniquent, et ses discours écoutés à Sèvres n’ont rien fait pour me rassurer. Proposer comme le fait Ségolène Royal le non cumul des mandats, une part de proportionnelle aux élections et le renforcement du rôle du parlement sont des mesures nécessaires pour mettre fin à ces élus monarques dont les maires de nos communes, conseillers généraux, députés, accrochés aux hochets de leurs pouvoirs nous donnent une image peu flatteuse. Mais cela ne suffit pas. Ségolène Royal a renouvelé la vie politique en s’adressant directement à tous ces citoyens trop souvent écartés des décisions politiques par ceux là même qu’ils avaient élus. Je conçois bien que son attitude pose problème aux tenants du pouvoir en place. Mais, élue avec l’instauration de la parité, je la soutiendrai avec énergie dans cette volonté de renouveler la classe politique et de faire participer tout un chacun aux décisions qui le concernent directement.

Catherine Cyrot
catherine.cyrot@free.fr
http://www.sevres-quartiers.net

 

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